World War Z

 

 

Gerry Lane (Brad Pitt) est un ancien agent de terrain de l’Organisation des Nations Unies. Pépère avec sa femme et ses enfants à Philadelphie, il subit, comme le reste de la planète, une pandémie de zombies. Retour en piste pour le retraité afin de trouver un antidote au virus planétaire.

Adaptation du roman portant le même nom, World War Z est une sacrée coquille vide. Un beau rendu graphique à l’image léchée enveloppe une histoire des plus banales. Le film se démarquait des prédécesseurs du genre par son absence d’hémoglobine et de gore. Faire une version soft d’humains mangeant sauvagement d’autres humains, voilà un défi intéressant à relever. La curiosité de cette différence avait attiré notre attention lors de la promotion du film. S’il ne pouvait y avoir ni profusion de sang ni ablation de membres, il fallait jouer avec d’autres cartes du deck. L’angoisse devait venir de l’effet de masse d’une horde de morts-vivants hyperactifs et assoiffés. Seulement voilà, depuis quand la foule fait flipper les spectateurs d’une salle de cinéma ?

Gustave Le Bon, psychosociologue de renom distinguait dans son  Psychologie des foules, trois caractères comportementaux d’un individu dans une foule :

  1. L’irresponsabilité :un individu se sent invincible et capable d’accomplir des actes pourtant irréalisables
  2. La propagation :un individu paniqué fait paniquer les autres.
  3. La suggestibilité :un individu n’a pas conscience de ce qu’il fait et ses suggestions sont transformées en actions sans que ses opinions et valeurs interfèrent dans son jugement.

Le genre zombiesque correspond parfaitement à la définition du bon ci-dessous. En situation réelle, si une épidémie de zombies éclatait vraiment, nous aurions surement ce type de comportement. Mais en en situation fictive, celle de notre film, la projection n’opère pas pour une raison simple. Nous n’avons personne vers qui nous projeter vu qu’il y a trop d’individus. Ainsi, World War Z se regarde avec un certain détachement émotionnel, sans ressentir la moindre anxiété. Tout le monde court dans tous les sens, ça crie et ça crève partout, mais rien à foutre. Ce n’est qu’un déblatération tragique sans aucune cohérence.

L’erreur commune lorsque l’on réalise un film apocalyptique est de privilégier le caractère catastrophique au caractère psychologique de tels évènements. Qui se souvient (ou veut se souvenir) des superproductions Le jour d’après ou 2012 ? Visuellement, ce sont des bombes, mais dans 10 ans ils seront relayés à de tristes films au graphisme archaïque. D’un autre côté, les grandes réussites du genre apocalyptique sont des films analysant la situation au niveau individuel, comme MelancholiaLa RouteAfter Shelter… La combinaison visuelle et scénaristique est aussi possible. En témoignent La Planète des Singes (celui de ’68 hein) ou la trilogie Matrix. La dissection émotionnelle et rationnelle des protagonistes nous permet de nous projeter et de nous faire flipper. Il en va de même avec le secteur du jeu vidéo. La scénarisation de plus en plus poussée, de plus en plus individualisée rend le jeu plus réel. On s’identifie à ce qui nous ressemble, et une foule ne ressemble à rien d’autre qu’un attroupement de bêtes bêtes.

World War Z le livre, est un recueil de témoignages donnant une justification logique à l’épidémie de zombies. World War Z le film jugeait le format trop difficile à adapter et a privilégié se focaliser sur un personnage : Gerry Lane, l’ex-agent de l’O.N.U. Sauf que Brad Pitt incarne un personnage au caractère transparent. Gerry Lane se balade aux quatre coins de la planète avec la même naïveté qu’un touriste chinois. La seule différence est qu’il voit les buildings s’effondrer. La seule. La volonté des scénaristes de ne pas calquer le modèle du livre est une preuve de fainéantise. Au lieu de faire courir le brave Brad d’Israël jusqu’au Royaume-Uni, en passant par la Corée du Sud, n’aurait-il pas été préférable de développer des personnages locaux, se passant la parole à tour de rôle, en gardant une trame narrative commune ?

C’est joli de voir des zombies escaladant murs et rues comme de vulgaires araignées, mais ce n’est pas assez. World War Z l’adaptation d’un solide roman, avec un budget de plus de 115 millions de dollars, avait la possibilité d’enfin nous offrir le Graal visuel et scénaristique du genre. Au final, on se retrouve avec une autre superproduction inachevée. Les problèmes d’écriture étaient tellement vivaces que l’un des créateurs de la série Lost, Damon Lindelof, a réécrit la fin du film alors que le tournage était terminé. Résultat, la sortie a été retardée et nous nous retrouvons avec un long-métrage brouillon et bancal.

Malgré son potentiel c’est un thriller raté et mou, relayé au stade du « pas fou, mais bien foutu ». En somme, comme disait Chirac, « ça m’en touche une sans faire bouger l’autre ».

 

 

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