Mud

Mud, merveille visuelle, récit absorbant et ode à l’Amérique méconnue, est en salles depuis une semaine. Embarcation sur le fleuve placide du Mississippi imminente.

Ellis (Tye Sheridan) et Neckbone (Jacob Lofland) sont deux jeunes gamins de 14 ans vivant au bord du Mississippi. En quête d’aventure, ils découvrent un bateau perché à 10m de hauteur aux branches d’un arbre situé sur une île inhabitée. Ou presque. Mud (Matthew McConaughey), un étrange personnage y séjourne en attendant que sa douce (Sarah Paulson) le rejoigne. Les deux gosses se rapprochent de Mud et l’aident dans son périple plus tumultueux qu’il ne semblait l’être…

Mud est le troisième film du jeune cinéaste Jeff Nichols après l’envoutant Shotgun Stories en 2007 et le mélancolique Take Shelter en 2011. Le réalisateur à la gueule d’ange établit un sans-faute, même pas l’ombre d’une erreur. Je vais donc faire de mon mieux pour commenter ce troisième chef-d’oeuvre sans que ma prose vire à l’onanisme.

Mud – Sur les rives du Mississippi est un film comme on en voit peu. Les véritables prouesses cinématographiques sont souvent celles qu’on attend le moins. Projeté en séance de 10h30 uniquement, noyé dans la masse d’oeuvres apathiques, je pénètre dans l’obscurité caverneuse d’une salle de cinéma commune. 2h10 plus tard, je sors de l’antre, satisfait du voyage que Jeff Nichols m’a offert. Mieux qu’une croisière aux Caraïbes, il vous faut découvrir l’endroit ou coule ce long fleuve d’Amérique.

Les États-Unis, terre promise aux nombreux rêves. Connue pour ses plages, ses buildings et ses burgers partout par tous. Un territoire immense renfermant certaines étendues moins connues, parfois méconnues des touristes et des curieux. Ce sont ces régions que Jeff Nichols s’efforce de filmer, d’enjoliver, de mettre en boite et de vous montrer. Après les plaines et les bas reliefs de l’Ohio dans Take Shelter, ce sont aux paysages aplatis de l’Arkansas profond d’être sublimés.

Mud est avant tout un film contemplatif, au rythme lent et ensorcelant. Pas de caméra à l’épaule, mais une steadicam, à la Malick pour que ce soit un film plus facile à regarder. « Le Mississippi coule à une vitesse de 5 km/h et est le plus sinueux au monde. Lorsque l’on navigue dessus, on ne voit pas où l’on va. » nous dit Nichols. Un constat qui se ressent dans la trame narrative de Mud. On se plaît à suivre un cours d’eau, un fil d’Ariane, sans réellement savoir où les protagonistes nous emmènent.

Le style mélancolique mélangé à une teinte de lyrisme dépeint une toile envoutante à l’ambiance feutrée, à tout moment prête à exploser. En plus de ce cadre idéal, le film est transcendé par une narration magistrale. Mud est un dépucelage de la vie pour les deux bambins, Ellis et Neckbone. Adolescents, sentimentalement et sexuellement émoustillés, ils vont s’identifier à ce mystérieux quidam qu’est Mud. Entre révélations et déceptions, ils passent un rite initiatique, sous les paroles évangélistes du reclus de l’île. Une découverte de soi et du monde à la Tom Sawyer de Mark Twain. Roman culte dont Jeff Nichols avoue s’être en partie inspiré.

L’histoire est subtilement imprégnée de mythes religieux. On peut ainsi retrouver Mud en Adam, Juniper sa dulcinée en Ève, le bateau perché en Arche de Noé et le célèbre serpent de la Genèse. L’utilisation de ces signes est pertinente pour deux raisons. Premièrement, l’initiation et la découverte du monde sont des éléments intemporels, traversant les âges depuis la nuit des temps. En attribuant ce mysticisme antique, la trame prend du volume et de l’intensité. Deuxièmement, l’univers de l’adolescence est rempli de métaphores permettant de simplifier la vision de leur monde.

Quant aux acteurs, la performance est impressionnante. Matthew McConaughey habite son personnage, ça en est presque troublant à certains moments. Le jeune Ellis interprété par Tye Sheridan, récemment découvert dans le dernier long-métrage de Terrence Malick, The Tree of Life, est parfait. La réussite est désolante tellement elle est écrasante…

L’Arkansas est une région humide et chaude, ensoleillée, mais jamais à l’abri de changements de situation nébuleux qu’il faut accepter malgré tout. Mud respire l’Arkansas, ce pays en apparence repoussant, en réalité attachant.

Si vous voulez, comme moi, récupérer les droits fonciers de votre trou du c** après avoir vu Gatsby le magnifique, allez voir Mud, il vaut vraiment le coup.

 

Gatsby le magnifique

La belle et célèbre histoire de F. S. Fitzgerald est, dans cette adaptation au cinéma, emballée dans un papier cadeau plus moche qu’un papier peint de grand-mère. Gatsby est un cadeau de décoration, une coquille vide.

En 1922, lorsque Nick Carraway, agent de change, s’installe à Long Island, il se lie d’amitié à son voisin, Jay Gatsby, un milliardaire énigmatique hôte des plus grandes et extravagantes fêtes de New York. Au coeur des mensonges et des amours de sa cousine, Daisy mariée à Tom Buchanan et des rêves de Jay Gatsby, Nick Carraway va être le témoin de péripéties romantiques, dramatiques et tragiques…

Il est 21h50 hier soir et je suis dans la file d’attente pour Gatsby le magnifique au MK2 de la Bibliothèque François Mitterand. En attendant la sortie du public de la séance de 20h, la masse s’entasse au premier étage tracé en serpentins. Dans mes mains, le roman de Francis Scott Fitzgerald. Je savoure les dix dernières pages du récit, jamais lu auparavant, avant de plonger dans la décadence de l’adaptation cinématographique qui m’attend. Parfaitement synchronisé, je termine ma lecture, les portes s’ouvrent, on s’installe, le film commence.

Gatsby est une magnifique histoire d’amour, d’espoir et de grandeur. Des sujets simples mais intemporels et universels. Maintes fois adapté au cinéma ou à la télévision, on retient particulièrement l’interprétation de Robert Redford en Gatsby dans le long-métrage de 1974, scénarisé par Francis Ford Coppala. Depuis la parution de texte en 1921, plusieurs se sont prêtés à l’exercice. Le dernier en date, celui auquel nous allons nous intéresser, s’appelle Baz Luhrmann.

Réalisateur adepte des adaptations ou fortes inspirations avec Moulin Rouge en 2001 et Romeo + Juliette en 1996, Baz (sacré prénom) a déjà trempé les pieds dans le genre. Alors, c’est pas toujours réussi et même parfois raté, admettons-le. Son cinéma est une fête, une orgie grandiloquente, incessante et provocante. Un style qui dépoussière les vieilles histoires en les inscrivant dans une logique contemporaine, disons-le, plus vendeuse. C’est avec une grande appréhension et beaucoup de réserve que je m’installe sur un des sièges rouge coquelicot de la salle mi éclairée.

Le résultat est à la hauteur d’une qualification de saut à perche, pas plus. Le film commence à une allure phénoménale, avec une hâte de puceau, sans jamais laisser à quiconque le temps de reprendre son souffle. Baz Luhrmann s’excite derrière sa caméra avec des zooms avant, zooms arrière à gerber. Le montage laisse à désirer, les images filent à l’allure d’un Speedy Gonzales. Ces vingt premières minutes de films devaient créer une tension et une attente à la découverte du visage de cet énigmatique Jay Gatsby. Première erreur. Un rythme lent, haché par la furie des soirées de Gatsby aurait accentué le mystère.

Gatsby le magnifique est porté par Leonardo DiCaprio juste, ne sombrant jamais dans la caricature de son personnage au double visage. Son sourire est aussi rassurant que Fitzgerald le décrit. Ses espoirs, animés par un rêve appartenant au passé, sont condamnés par le destin. Après avoir construit le plus beau des châteaux de cartes, la brise de la réalité fracasse la structure fragile, pourtant en apparence si solide. Cet effondrement omniprésent pendant tout le film est parfaitement retranscrit par un DiCaprio hésitant toujours sur le fil, toujours au bord du gouffre. Heureusement qu’il est là le beau blond parce-qu’il n’est pas aidé… Carrey Mulligan et Tobey Maguire sont diaphanes. Un échec particulièrement pour l’interprète de Daisy qui a autant de charisme qu’un taille-crayon.

Luhrmann est connu pour ses liftings modernes sur oeuvres anciennes. Mais la bande-son Jay-Z, Beyonce, Lana Del Rey et tout le reste, sans façon. Le livre respire la fièvre du jazz naissant de l’époque. Alors lorsqu’on entend des basses en fond sonore quand les personnages sont éloignés de la fête, on s’amuse de l’anachronisme ridicule.

Je mentionne rapidement le magnifique décor vert, so kitsch, en fin de film, à mourir de rire.

Le plus gros défaut réside dans la mise en scène. La stylisation de chaque scène et de chaque personnage laisse peu de place aux émotions. Au final, l’histoire de Gatsby, malgré toute la splendeur artificielle de son environnement, se résume à une simple histoire d’amour révolue. Baz Luhrmann traduit ce message mais dans la mauvaise langue et la forme finit par bouffer le fond.

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Les casse-burettes au cinéma (chapitre 2)

Le cinéma se partage dans un endroit où plusieurs personnes se regroupent dans des salles obscures et observent en silence un grand rectangle pendant longtemps. Cet étrange phénomène silencieux et quasi-religieux subit parfois quelques perturbations.

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casse-burettes (n.m.f.) : Individu qui a le don d’énerver. action d’importuner quelqu’un. Casse-pieds, personne désagréable.

Le bourré

Dans son estomac, quatre ou cinq 8.6. côtoient un rosé en promo et une fiole de Label 5 volée au supermarché du coin. Avec son haleine pouvant tuer un génocide, il propage dans la salle un doux parfum de rose. Il était saoul avant 22h et trainait dans la rue, il a vu de la lumière, il donné de l’argent, on lui a rendu un bout de papier et le voilà assis à côté de vous. Hagard, il est tout de même content de pouvoir roupiller un peu, les sièges sont confortables. Ah oui, il ronfle comme un porc, comme toute personne alcoolisée.

Le retardataire

Il est 21h15 mais certains cinémas le laisse encore entrer pour la séance de 20h50. Bah oui, il faut remplir les caisses voyons. Il arrive dans la salle avec son portable allumé pour servir de lampe torche. Application dédiée si vous êtes chanceux. Pratique mais pas très discret. Quand il a enfin trouvé sa place, il se faufile dans l’allée, non pas comme une anguille mais plutôt comme un buffle croisé taureau. Par contre les « excusez-moi » et les « pardon » filent comme s’il tenait tous les pêchés du monde sur ses épaules. Le retardataire est pluriel à Paris. Parole d’évangile.

Le criard

Film d’épouvante ou non, le criard crie, par définition. Un tueur armé d’un couteau sur le point de marteler sa victime, cri. Une musique haletante, cri. Un bébé tout mimi cracra dans les bras de sa génitrice, cri. Un baiser langoureux entre le joueur de foot et la pom-pom girl, cri. Le criard est émotif sous tous motifs.

Le bébé

Il est petit, moche, rouge, dodu, puant, pleurnicheur, baveux, agité, bruyant. Qui peut bien avoir l’idée d’amener un bébé dans une salle de cinéma ? T’es venu voir le dernier Disney, le dernier Gibli, le dernier Dreamworks, le dernier Chomet, alors tu te retrouves avec des enfants, et parmi eux, des petits enfants, ce que les parents appellent des bébés. Deux heures de hurlements, de pleurs, de bave et crotte t’attendent. Des idées horribles te passent par la tête : Auschwitz pour bambins.

Le rieur

Sur le même créneau que le criard, le rieur trouve que tout est drôle. Il est bon public, il se fend la poire, comme il le dit si bien. Dans un film de guerre, ses réactions deviennent cyniques, même gênantes. Self-made laugher, il a développé un rire unique. Désagréable au possible bien sûr. Mon préféré c’est le rire de cochon. Tellement civilisé.

Le mètre 90

Toi qui tappe les portes et les panneaux de baskets, terre-toi au fond, tu veux. Je me lasse de me dandiner à droite à gauche comme un vulgaire canard pour apercevoir un quart de l’écran.

Le mass murderer

Tu vis dans le Colorado, ou ailleurs, et t’es excité à l’idée d’aller voir le dernier Batman de Nolan en avant-première. Les choses se passent à fond jusqu’à ce qu’un pauvre quidam décide de faire son show perso. Pas de jongleries mais le cow-boy et les indiens, ou plutôt, le cow-boy et les bisons. Fusil d’assaut AR-15 à l’épaule, fusil à pompe et Glock dans le slibard, il inonde le public d’un bukkake de cartouches gratuites. La situation devient enquiquinante voire désagréable. Peut-être aurait-il été préférable d’aller voir The Amazing Spider-Man qui passait dans l’autre salle ? Plutôt mourir. Souhait exhaussé.

Pour voir le chapitre 1 des casse-burettes au cinéma, R.D.V. ici.

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L’écume des Jours

L’Ecume des Jours, adaptation du roman du même nom de Boris Vian est sorti hier au cinéma. Analyse.

Colin (Romain Duris) est un jeune homme riche, inventif et fougueux vivant à Paris. En compagnie de Chick (Gad Elmaleh), fan du philosophe contemporain Jean-Sol Partre, et Nicolas (Omar Sy) cuisinier fidèle, sa vie est remplie d’aventures fantasmatiques. Il découvre enfin l’amour grâce à Chloé (Audrey Tautou). Seulement, Chloé tombe gravement malade et Colin se tue au travail pour subvenir aux besoins médicaux de sa tendre. Peu à peu, son monde va s’écrouler…

Avant toute chose, je tiens à préciser que je n’ai pas lu le roman L’Ecume des Jours de Boris Vian. Pas encore. Après lecture, il est fort probable que j’en sorte avec une opinion plus affinée sur le film. Seulement, il faut que j’écrive sur cette adaptation de Michel Gondry. Un morceau de créativité pareil si peu commun mérite qu’on en parle le plus possible.

Michel Gondry est un réalisateur français connu pour les brillants films Eternal Sunshine of the Spotless Mine, The We and the I, Soyez sympas rembobinez et pour le moins brillant The Green Hornet. Baigné dans la musique dès son enfance, le petit Michel voulait être inventeur ou peintre quand il serait grand. Professionnellement, il se fait d’abord un nom en tant que réalisateur dans l’industrie des vidéos-clips. Björk, Paul McCartney, The White Stripes, Kayne West, Wyclef Jean, The Chemical Brothers… Après 13 ans de travail, il passe au grand écran et signe son premier long-métrage Human Nature. Le succès et la reconnaissance viendront en 2004, date de sortie de The Eternal Sunshine of the Spotless Mind.

Vian et Gondry sont deux frangins séparés par l’espace spacio-temporel. Héritage, influenceur ou double artistique, Vian est tout cela à la fois pour Gondry. L’Ecume des Jours relève du rêve éveillé révélé par un cauchemar, lui, bien réel. Qui de mieux donc que Michel Gondry, artisan rêveur mélancolique pour adapter cette oeuvre. Tim Burton ? L’état de décomposition dans lequel il a laissé Alice Aux Pays des Merveilles et Charlie et la Chocolaterie l’écarte de la compétition. Burton a perdu sa muse. Tant est si bien que l’adaptation cinématographique du fameux roman de 1947 était aussi bien attendu que craint.

Parlons concret. Le film est un succès. Il m’a fallu y réfléchir à deux fois avant de le dire. L’Ecume des Jours est un monde où les objets prennent vie. Loufoques, inattendus et amusants, ces objets font partie intégrante du film. Ils dominent la mise en scène et parfois on oublie qu’on est venu voir Gad Elmaleh, Romain Duris, Audrey Tautou et Omar Sy à l’écran. Le film prend parfois des allures de non-sens. Effacés par l’omniprésence d’un univers surnaturel et futuriste, les acteurs en deviennent diaphanes. Du moins c’est que j’en pensais pendant la première heure et demie.

L’univers surnaturel, bourré de gadgets en tous genres attise notre curiosité. Nos yeux se baladent d’un coin à l’autre de l’écran. Une véritable illumination créative qui retombe brutalement quand l’histoire bascule, quand Chloé devient malade. Alors qu’on assistait à un « film d’objets », la grande parade s’arrête. L’Ecume des Jours se recentre sur ses personnages, sur le malheur hasardeux qui les frappe, et qui frappe leur environnement par retroaction. Le monde fantasmagorique de Colin et de Chloé prend de tristes apparences de réel.

La grotesque parodie de Jean-Paul Sartre (Jean-Sol Partre) dans le film, illustre et réfute le courant existentialiste selon lequel l’existence de l’homme précède son essence, lui laissant la liberté et la responsabilité de ses choix. Absolument faux dans L’Ecume des Jours de Gondry. « Ce sont les objets qui changent, pas les hommes » nous dit le film. Colin, Chloé, Nicolas et Chick endurent inévitablement les changements de leur environnement.

La tristesse envahit le film, menace une histoire d’amour naissante et finit par l’achever. En apparence jovial et féérique, L’Ecume des Jours est en réalité une violente descente émotionnelle, sombre et fatidique.

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Promised Land

Mercredi dernier sortait Promised Land, film traitant le sujet polémique du gaz de schiste. Entre réussite dramatique et parti-pris narratif, le film n’aborde volontairement que la partie émmergée de l’iceberg, ou du forage si je puis dire.

Steve Butler (Matt Damon) travaille chez Global, une multinationale énergétique en quête de stocks de gaz de schiste sur le territoire américain. Avec sa collègue Sue Thomason (Rosemarie Dewitt), il doit négocier l’exploitation des richesses naturelles des habitants d’une ville du Nord-Est des Etats-Unis. Un tâche à laquelle il excelle. Pourtant, un présence écologique et une rencontre inattendue vont rendre le travail plus compliqué que prévu…

Avant d’être réalisé par Gus Van Sant, Promised Land est avant tout le bébé de Matt Damon. Fervent défenseur écologique, la polémique du gaz de schiste l’interpelle logiquement. Avec John Krasinski, il écrit un scénario sur le sujet. Il aurait du être derrière la caméra mais faute de temps, il fait appel à un vieux pote : Gus Van Sant.

Le tournage ne dure que 30 jours, dans une ville actuellement concernée par l’exploitation du gaz de schiste, avec les figurants de la bourgade et Damon ne porte pas de maquillage. Avec ces quelques informations techniques, on suppose que Gus Van Sant veut faire dans l’authenticité et traiter le coté humain et non politique du sujet.

Jackpot. Le film nous livre la moitié du tableau, voir seulement le cadre de la polémique du gaz de schiste. Promised Land s’attarde sur les problématiques de morale, de transmission de patrimoine agricole, de fierté et d’honneur. Ce ne sont que quelques-unes des cartes du deck. La corruption politique, la pollution des sols et de l’eau potable, la création d’emplois locaux, l’indépendance énergétique, la baisse des prix du gaz, la législation écologique américaine, les besoins hydrauliques des puits de forage … et j’en passe, ne sont que peu, voire pas traités. C’est un choix scénaristique que je peux comprendre. Cela permet de prendre du recul sur la polémique. Car après les arguments, les confrontations politiques, les stratagèmes rhétoriques et l’hypocrisie idéologique, que reste-t-il ? Des hommes. Des hommes attachés à leur terre et à leur train de vie qu’importe les soucis écologiques, politiques, économiques et sociaux que le gaz de schiste engrange.

Gus Van Sant a l’habitude de traiter des sujets politiques de cette manière. Il l’a déjà fait pour les massacres dans les écoles U.S. avec Elephant ou bien pour la bataille des droits homosexuels avec Harvey Milk. L’angle est donc intéressant mais la conclusion de l’histoire est déplorable. Le représentant candide et naïf qu’interprète Matt Damon subit la situation et se fait rattraper par sa morale tout au long du film. On y croit jusqu’à ce qu’un minable cliffhanger vienne pourrir le tout. Une légère déception à contrebalancer avec un mise en scène dynamique et aérienne très propre et une touchante complicité entre Matt Damon et Rosemarie Dewitt.

Les bénéfices et les risques du gaz de schiste prendraient des heures à être traités dans leur intégralité. Si le sujet vous intéresse réellement les deux documentaires Gasland et FrackNation, les débats TV, la presse pro et votre activité cérébrale sont à privilégier. Promised Land, laisse volontairement les spectateurs sur leur faim, en les poussant à la reflexion. Son titre, Terre Promise, à connotation religieuse évidente, nous laisse deux choix : croyant ou sceptique. Pour ou contre le gaz de schiste. Mais sans jamais prendre radicalement position. Avec légèreté et délicatesse, Promised Land expose, suppose, et suggère le problème sans jamais rentrer dans le vif du sujet. Un film dramatique sur trame de fond politique, une equation périlleuse mais magiquement réussie.

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Disney arrête l’animation en 2D

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Sans surprise, le studio américain vient d’annoncer la fermeture de son département d’animation 2D. Bien avant son dernier long-métrage en animation traditionnelle (La Princesse et la Grenouille), le géant américain avait prévu le coup. Et ce ne pas l’oscarisation de son court métrage Paperman qui changera la donne. Les financements iront ailleurs, dans les nombreux projets 3D en cours. Car depuis les rachats de Marvel Entertainment en 2009 et de Lucas Films en 2012, une véritable machine s’est installée. Cette année sortiront Iron Man 3 et Monsters University. Sans compter la litanie de films Star Wars qui nous attendent dans un futur proche. Le planning est donc bouclé. La priorisation du budget est en train de suivre. Disney ne fait que débuter le projet de licenciements de plus de 150 postes de travail au sein de son studio.

La justification est purement financière. Comme toujours. Prenons par exemple les trois dernières sorties de Disney. La Princesse et la Grenouille et Winnie l’Ourson, deux films en 2D qui ont rapporté moins de bénéfices que Les Mondes de Ralph, film en 3D, à lui tout seul. Doug Creutz, journaliste spécialiste du studio américain s’exprimait à propos de l’animation traditionnelle :

« It has been a segment where the performance has been choppy for a while and they are looking for ways to improve »

Je veux bien que les produits cinématographiques Disney suivent les tendances de ses consommateurs mais je n’attendais pas une décision aussi tranchante. Se concentrer sur la 3D par logique financière et pour mieux répondre à la demande, très bien. Mais de là à tuer le département d’animation traditionnelle en entier ?

Loin de moi l’idée qu’une technique est meilleure qu’une autre. D’ailleurs, je n’y connais pas grand chose. Comme le dit très justement Gary Thomas, directeur de la Charity Animate Projects, « just because Disney stops doing that doesn’t mean everyone who does hand-drawn animation stops but it might change commercially ». Le dessin intervient inévitablement dans la CGI (Computer Generated Imagery) qui utilise une autre méthode d’animation, plus technique. Une fois le personnage dessiné sur tablette tactile, plus de 1000 points d’articulation sur cet objet vont permettre de créer le mouvement en post-traitement . En animation traditionnelle, on opère en dessinant chaque image à la main pour créer le mouvement, avec un crayon et du papier. À l’ancienne.

Plus pointue, l’animation assistée par ordinateur a indéniablement contribué à la création de très belles œuvres. Ce n’est pas l’évolution de l’outil que je critique. C’est la disparition d’un style visuel et par extension la restriction créative des professionnels de chez Disney. Comme n’importe quel enfant occidental né depuis les 30’s, mon enfance a été bercé par les films du studio d’animation américain. Je déplore la fermeture d’un département historique qui a marqué l’esprit et stimulé l’imagination de milliers de bambins.

Je conçois que l’hybridation de techniques soit possible. Paperman de Disney ou l’excellent Everything I Can See From Here de The Line le prouvent. Je comprends également que des initiatives individuelles et indépendantes continueront d’emerger. J’admets que la collaboration de l’animation et du cinéma doit continuer. Il est tout de même regrettable qu’un organisme aussi important que Disney, avec les moyens dont il dispose, prive le grand public de l’animation traditionnelle dans son état originel.  Ne peut-il pas se permettre un écart créatif, moins rentable certes, mais en diffusion restreinte ?

Rétrospective

1908 : Emile Cohl réalise Fantasmagorie, le premier film animé.

 

1928 : Disney présente Steamboat Willie, le premier animé accompagné de son. On y découvre un certain Mickey.

 

1937 : Blanche Neige et les 7 Nains est le premier long-métrage animé. Il a fallu 3 ans de travail.

 

1995 : Toy Story sort en salles. L’animation 3D fait son entrée au cinéma.

 

2013 : Disney ferme son département d’animation traditionnelle.

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Le réalisateur du remake de Point Break enfin dévoilé

ImageSorti en 1991, réalisé par l’excellente Kate Bigelow, Point Break est, plus qu’un long métrage, un phénomène générationnel. Tout le monde né dans les années 90 a déjà été exposé au moins une fois à ce film. Si ce n’est pas le cas, il est temps de redescendre de votre deltaplane.

C’était le premier rôle de Keanu Reeves. Avant la trilogie Matrix, avant cette « chose » nommée Constantine qu’on accepte outrageusement d’appeller cinéma. C’était également l’occasion pour Patrick Swayze de montrer ses cheveux blonds mouillés pour faire rougir les douces et chaudes joues des adolescentes américaines. C’était une invitation estivale, un plaisir musical et un moment agréable. Loin de la perfection, plus proche de l’acceptable, Break Point est une des références cinématographique d’une génération. Plutôt moyen mais transporté par la cohorte.

Break Point fait partie de ces films qui sont devenus des icônes. Et les icônes d’antan, ça rapporte gros aujourd’hui. Nombre de remakes, plus ou moins bons, retrouvent actuellement les salles (Robocop, Mad Max, Old Boy, American Psycho, Highlander…).

Alors quand Hollywood s’attaque à un remake de Extrême Limite (magnifique titre québécois), avec tout son capital nostalgique, ils devraient faire attention. Que nenni. Ils n’ont rien trouvé de mieux que de mettre Ericson Core au commandes du projet. Le même Ericson Core qui a bossé sur Daredevil. Le roi des navets.

On pourrait lui laisser une chance, mais non. L’histoire originelle est modifiée. À l’honneur, ce ne sera plus sur le surf mais les sports extrêmes dans l’ensemble. Putain, ça sent la mise en scène clippesque Red Bull à plein nez.