Les casse-burettes au cinéma (chapitre 2)

Le cinéma se partage dans un endroit où plusieurs personnes se regroupent dans des salles obscures et observent en silence un grand rectangle pendant longtemps. Cet étrange phénomène silencieux et quasi-religieux subit parfois quelques perturbations.

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casse-burettes (n.m.f.) : Individu qui a le don d’énerver. action d’importuner quelqu’un. Casse-pieds, personne désagréable.

Le bourré

Dans son estomac, quatre ou cinq 8.6. côtoient un rosé en promo et une fiole de Label 5 volée au supermarché du coin. Avec son haleine pouvant tuer un génocide, il propage dans la salle un doux parfum de rose. Il était saoul avant 22h et trainait dans la rue, il a vu de la lumière, il donné de l’argent, on lui a rendu un bout de papier et le voilà assis à côté de vous. Hagard, il est tout de même content de pouvoir roupiller un peu, les sièges sont confortables. Ah oui, il ronfle comme un porc, comme toute personne alcoolisée.

Le retardataire

Il est 21h15 mais certains cinémas le laisse encore entrer pour la séance de 20h50. Bah oui, il faut remplir les caisses voyons. Il arrive dans la salle avec son portable allumé pour servir de lampe torche. Application dédiée si vous êtes chanceux. Pratique mais pas très discret. Quand il a enfin trouvé sa place, il se faufile dans l’allée, non pas comme une anguille mais plutôt comme un buffle croisé taureau. Par contre les « excusez-moi » et les « pardon » filent comme s’il tenait tous les pêchés du monde sur ses épaules. Le retardataire est pluriel à Paris. Parole d’évangile.

Le criard

Film d’épouvante ou non, le criard crie, par définition. Un tueur armé d’un couteau sur le point de marteler sa victime, cri. Une musique haletante, cri. Un bébé tout mimi cracra dans les bras de sa génitrice, cri. Un baiser langoureux entre le joueur de foot et la pom-pom girl, cri. Le criard est émotif sous tous motifs.

Le bébé

Il est petit, moche, rouge, dodu, puant, pleurnicheur, baveux, agité, bruyant. Qui peut bien avoir l’idée d’amener un bébé dans une salle de cinéma ? T’es venu voir le dernier Disney, le dernier Gibli, le dernier Dreamworks, le dernier Chomet, alors tu te retrouves avec des enfants, et parmi eux, des petits enfants, ce que les parents appellent des bébés. Deux heures de hurlements, de pleurs, de bave et crotte t’attendent. Des idées horribles te passent par la tête : Auschwitz pour bambins.

Le rieur

Sur le même créneau que le criard, le rieur trouve que tout est drôle. Il est bon public, il se fend la poire, comme il le dit si bien. Dans un film de guerre, ses réactions deviennent cyniques, même gênantes. Self-made laugher, il a développé un rire unique. Désagréable au possible bien sûr. Mon préféré c’est le rire de cochon. Tellement civilisé.

Le mètre 90

Toi qui tappe les portes et les panneaux de baskets, terre-toi au fond, tu veux. Je me lasse de me dandiner à droite à gauche comme un vulgaire canard pour apercevoir un quart de l’écran.

Le mass murderer

Tu vis dans le Colorado, ou ailleurs, et t’es excité à l’idée d’aller voir le dernier Batman de Nolan en avant-première. Les choses se passent à fond jusqu’à ce qu’un pauvre quidam décide de faire son show perso. Pas de jongleries mais le cow-boy et les indiens, ou plutôt, le cow-boy et les bisons. Fusil d’assaut AR-15 à l’épaule, fusil à pompe et Glock dans le slibard, il inonde le public d’un bukkake de cartouches gratuites. La situation devient enquiquinante voire désagréable. Peut-être aurait-il été préférable d’aller voir The Amazing Spider-Man qui passait dans l’autre salle ? Plutôt mourir. Souhait exhaussé.

Pour voir le chapitre 1 des casse-burettes au cinéma, R.D.V. ici.

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Disney arrête l’animation en 2D

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Sans surprise, le studio américain vient d’annoncer la fermeture de son département d’animation 2D. Bien avant son dernier long-métrage en animation traditionnelle (La Princesse et la Grenouille), le géant américain avait prévu le coup. Et ce ne pas l’oscarisation de son court métrage Paperman qui changera la donne. Les financements iront ailleurs, dans les nombreux projets 3D en cours. Car depuis les rachats de Marvel Entertainment en 2009 et de Lucas Films en 2012, une véritable machine s’est installée. Cette année sortiront Iron Man 3 et Monsters University. Sans compter la litanie de films Star Wars qui nous attendent dans un futur proche. Le planning est donc bouclé. La priorisation du budget est en train de suivre. Disney ne fait que débuter le projet de licenciements de plus de 150 postes de travail au sein de son studio.

La justification est purement financière. Comme toujours. Prenons par exemple les trois dernières sorties de Disney. La Princesse et la Grenouille et Winnie l’Ourson, deux films en 2D qui ont rapporté moins de bénéfices que Les Mondes de Ralph, film en 3D, à lui tout seul. Doug Creutz, journaliste spécialiste du studio américain s’exprimait à propos de l’animation traditionnelle :

« It has been a segment where the performance has been choppy for a while and they are looking for ways to improve »

Je veux bien que les produits cinématographiques Disney suivent les tendances de ses consommateurs mais je n’attendais pas une décision aussi tranchante. Se concentrer sur la 3D par logique financière et pour mieux répondre à la demande, très bien. Mais de là à tuer le département d’animation traditionnelle en entier ?

Loin de moi l’idée qu’une technique est meilleure qu’une autre. D’ailleurs, je n’y connais pas grand chose. Comme le dit très justement Gary Thomas, directeur de la Charity Animate Projects, « just because Disney stops doing that doesn’t mean everyone who does hand-drawn animation stops but it might change commercially ». Le dessin intervient inévitablement dans la CGI (Computer Generated Imagery) qui utilise une autre méthode d’animation, plus technique. Une fois le personnage dessiné sur tablette tactile, plus de 1000 points d’articulation sur cet objet vont permettre de créer le mouvement en post-traitement . En animation traditionnelle, on opère en dessinant chaque image à la main pour créer le mouvement, avec un crayon et du papier. À l’ancienne.

Plus pointue, l’animation assistée par ordinateur a indéniablement contribué à la création de très belles œuvres. Ce n’est pas l’évolution de l’outil que je critique. C’est la disparition d’un style visuel et par extension la restriction créative des professionnels de chez Disney. Comme n’importe quel enfant occidental né depuis les 30’s, mon enfance a été bercé par les films du studio d’animation américain. Je déplore la fermeture d’un département historique qui a marqué l’esprit et stimulé l’imagination de milliers de bambins.

Je conçois que l’hybridation de techniques soit possible. Paperman de Disney ou l’excellent Everything I Can See From Here de The Line le prouvent. Je comprends également que des initiatives individuelles et indépendantes continueront d’emerger. J’admets que la collaboration de l’animation et du cinéma doit continuer. Il est tout de même regrettable qu’un organisme aussi important que Disney, avec les moyens dont il dispose, prive le grand public de l’animation traditionnelle dans son état originel.  Ne peut-il pas se permettre un écart créatif, moins rentable certes, mais en diffusion restreinte ?

Rétrospective

1908 : Emile Cohl réalise Fantasmagorie, le premier film animé.

 

1928 : Disney présente Steamboat Willie, le premier animé accompagné de son. On y découvre un certain Mickey.

 

1937 : Blanche Neige et les 7 Nains est le premier long-métrage animé. Il a fallu 3 ans de travail.

 

1995 : Toy Story sort en salles. L’animation 3D fait son entrée au cinéma.

 

2013 : Disney ferme son département d’animation traditionnelle.

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Trailer de Elysium : par le réalisateur de District 9

Neill Bloomkamp avait tapé fort. District 9 était sacrément réussi. Entre le documentaire et le film de science-fiction, ce film dressait un portrait futuriste étrangement similaire aux horreurs des ghettos ethniques de 39-45.

Le revoilà avec du nouveau : Elysium. Le pitch est simple. En 2159, la Terre, surpeuplée et archi-polluée est devenue une décharge ambiante (un peu comme Paris). Les plus pauvres y habitent, alors que les plus riches ont déménagé sur la planète Elysium. Un monde sans guerre et sans maladie. Une politique protectionniste trans-frontalière plus coriace que celle de Georges Bush est établie entre les deux habitats. Max (Matt Damon), par nécessité, doit se rendre sur Elysium, pour sauver sa propre vie, mais également pour rééquilibrer la balance sociale de l’humanité.

Bloomkamp fait dans le sociétal. Comme pour District 9.

« Je veux inclure des problèmes dans mes films. Non, ce n’est pas le bon mot. Plutôt des réflexions sur des sujets qui me semblent importants et dont j’ai envie de parler, même au sein d’une fiction. Il ne faut pas que ce soit juste du spectacle, avec un mec chargé de tirer sur un autre. »

Moi ça me va tant qu’on ne me bassine pas avec une morale hollywoodienne à deux francs six sous. Le monde est gris, même si c’est de la sci-fi.

Dans l’attente donc. Rendez-vous le 9 août prochain.

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Redécouvrir le slow motion HD

Le slow motion, tout le monde connait. C’est joli mais c’est vite chiant quand c’est trop long.

Puisque le progrès ne s’arrête pas, les instituts de recherche font de petites merveilles de technologies pour filmer en slow motion. En témoigne la dernière Phantom Flex4D Digital Cinema Camera propulsée par Vision Research & Abel CineTech.

Brendan Bellomo et Gregory Wilson ont suivi une intervention de pompiers avec l’appareil. Certains sujets se prêtent particulièrement au slow motion, une baraque qui brûle, entre autres.

Même si je ne cautionne pas cette technique, je la trouve particulièrement intéressante quand elle est couplée avec son inverse : une accélération des fps. Comme dans la scène de combat du Sherlock Holmes de Guy Ritchie.

Juste pour information, la caméra est capable d’enregister 2 570 fps à 1920X1080, en RAW, évidemment. Pour la modique somme de $50 000 à $150 000. Achat de routine.

Phantom Flex HD Camera

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Court-métrage : Chinese Mission

Chinese Mission c’est le court-métrage de plusieurs passions. La cuisine chinoise avec Mission Chinese Food, la mode avec Freeman Sporting Club et le cinéma avec Sunday / Paper.

Un chef de cuisine chinoise se fait insulter dans son restaurant par des gros durs de la pègre. Seulement, le « petit chef » c’est pas un rigolo. Sa cuisine, son art, son mantra, c’est quasi religieux. Pas de blagues vaseuses là-dessus.

Cole Schreiber, scénariste et réalisateur du court-métrage dans un (très bon) interview disait :

L’idée d’artisanat est centrale : la cuisine du chef = son art. Un code qui régit sa vie. Cette philosophie se rapproche de ce que nous essayons de faire en tant que cinéastes. C’est également ce que font Freemans avec leurs vêtements et Mission Chinese avec sa cuisine. Une idée omniprésente dans toutes les parties du film : les vêtements, la nourriture, la langue, le design…

On apprécie les effets spéciaux, le slow-motion et l’écriture pleine de fiel. Mais surtout, la douce boucherie humaine d’un repas en déroute.

Les mecs de Sunday / Paper savent y faire avec les courts-métrages. En témoigne leur autre bijou : Light. Une étrange propagation de lumière en pleine nuit citadine qui n’est pas sans rappeler un passage de Princesse Mononoké de Hayao Miyazaki. En bonus, pour toi l’internet, juste en-dessous.

Only God Forgives : nouvelle bande-annonce

Nicolas Winding Refn et son nouveau film Only God Forgives font l’actualité avec la sortie d’une nouvelle bande-annonce. Pour le moins haletante.

Après les films de bagnoles, le réalisateur danois s’attaque cette fois-ci aux films de boxe. Et pas de la boxe de PD. Celle qui fait Fuhrër en Asie, celle qui sent la sueur et l’odeur métallique du sang : la boxe thaï.

Le pitch est simple. Un mec (Ryan Gosling) tient un club de boxe thaïlandaise clandestin. Son frère Billy se fait tuer par un ancien flic ripoux, désormais gangster. Sa mère (Krinstin Scott-Thomas) demande à son fils de venger sa mort. Poings levés, of course.

C’est sale et joli. Refn a ce talent de rendre la violence incroyablement agréable à regarder. Ryan Gosling massacrant un pauvre quidam dans un ascenseur : jubilation. J’en ai toujours un rire cynique psychopathe. Un peu fou.

J’avais vu Drive à Deauville il y a deux ans. Comme tout le monde, j’ai adoré la photographie, le sens du détail japonais des décors et des lumières. Avec du recul et après plusieurs visualisations, j’en tire un constat plus mitigé. Une mise en scène superbe, mais une histoire plus plate qu’un mannequin de défilé. Cet éternel débat du fond et de la forme.

C’est surement ce qui me fait le plus peur pour ce nouveau long-métrage. Tourné dans la magnifique ville de Bangkok, Refn a dû se sentir comme un gosse pour sa première à DisneyLand. Espérons que le contenu y sera cette fois-ci.

Le film sort en Mai en France. L’un des derniers films de Ryan Gosling puisqu’il veut s’accorder une pause professionnelle. Le drame pour les fans. De quoi dessécher quelques minous pré-pubères.

Et puis on peut pas faire mieux comme nom de film : Only God Forgives. Vengeance, rédemption et jugement dernier. Même un puriste religieux texan en serait jaloux.

J’ai hâte.

« Le Pen est compatible avec la République » c’est un peu…

  • « Le Pen est compatible avec la République » c’est la déclaration de Nicolas Sarkozy qui fait la une de Libé le 24 Avril 2012.
  • « Le Pen est compatible avec la République », au-delà de la fausse polémique, me donne envie de comparer mon buddy Nico à des personnages de film.
  • « Le Pen est compatible avec la République » c’est un peu le sénateur Palpatine dans Star Wars qui annonce au Sénat qu’il va devenir un Empire. « Power, unlimited power! » comme il dit si bien.
  • « Le Pen est compatible avec la République » c’est un peu Peter Petegrow A.K.A croutard le rat malsain dans la nullisime saga Harry Potter.
  • « Le Pen est compatible avec la République » c’est un peu Tony Montana qui deal de la cam’ pour gravir les échelons.
  • « Le Pen est compatible avec la République » c’est un peu Vito Corleone obligé de faire alliance avec un camp ennemi.
  • « Le Pen est compatible avec la République » c’est un peu Kevin Spacey dans The Usual Suspects qui se donne un rôle pour mieux amadouer ses adversaires.
  • « Le Pen est compatible avec la République » c’est un peu le skizo Smiagol/Gollum dans Le Seigneur des Anneaux capable du pire pour un bijou en or.
  • « Le Pen est compatible avec la République » c’est un peu Gordon Gekko, l’homme sans aucun scrupules.
  • « Le Pen est compatible avec la République » c’est un peu double-face dans Batman, Castor Troy-Sean Archer dans Volte-face.
  • « Le Pen est compatible avec la République » c’est un peu Scar dans le Roi Lion qui pactise avec les hyènes.
  • « Le Pen est compatible avec la République » c’est un peu Stuntman Mike dans Boulevard de la mort de Tarantino, ce personnage charismatique au premier abord.
  • « Le Pen est compatible avec la République » c’est mon prétexte pour faire un billet  totalement manichéen et caricatural du FN, sans aucune intention politique. D’autant plus que Hollande est également dans la reconquête des électeurs d’extrème droite.
  • « Le Pen est compatible avec la République » permet seulement à Contreflou de citer ses badass préférés.